Régénérer la planète, une activité à la fois
Publié le 11 novembre 2025
Par Nathalie Schneider

L’une des pistes avancées pour contrer les effets du surtourisme ? Le tourisme régénératif dont l’objectif est d’améliorer l’état d’un territoire tout en pratiquant des activités!
La transition vers un tourisme durable a bel et bien démarré au Québec, y compris en nature. De nombreuses initiatives s’inscrivent dans le cadre du Plan d’action pour un tourisme responsable et durable 2020-2025, mis en place par le gouvernement du Québec pour soutenir la transition de l’industrie à travers plusieurs axes : économie circulaire, mobilité durable, écotourisme, acceptabilité sociale et adaptation aux changements climatiques. Depuis quelques années, on voit pointer à l’horizon une nouvelle approche durable qui entend amener ces pratiques encore plus loin : le tourisme régénératif. Quand l’objectif du tourisme durable est de minimiser l’impact des activités sur l’environnement et sur les communautés réceptives, celui du tourisme régénératif prétend, quant à lui, leur apporter des effets positifs. Des pays comme l’Australie en font désormais une approche touristique à part entière, faisant de ses visiteurs de véritables partenaires en matière de protection environnementale. Plantation d’arbres dans l’habitat du koala, éradication des plantes marines invasives, soins prodigués aux animaux blessés dans un refuge : les projets sont menés à travers le pays en partenariat avec des experts et les profits générés soutiennent des organismes caritatifs et des fondations.
Du tourisme en mieux
Au Québec, on connait depuis longtemps le principe des corvées de nettoyage, que des groupes de bénévoles organisent sur leurs sites de prédilection pour nettoyer les traces du passage des visiteurs. Il en est autrement pour le tourisme régénératif : ce sont des activités touristiques généralement tarifées qui invitent les visiteurs à restaurer l’état d’un territoire grâce à des écogestes. C’est le cas aux Îles-de-la-Madeleine, où l’attachement au tourisme durable est inscrit dans la charte Aux Îles je m’engage, que Tourisme Îles-de-la-Madeleine fait signer à ses visiteurs durant leur séjour, notamment en se prononçant en faveur du respect du milieu naturel et du rythme de vie des Îles. Ainsi, en 2017, les organisateurs du Concours des châteaux de sable, à Cap-aux-Meules, ont invité citoyens et visiteurs à participer à une plantation d’ammophiles pour lutter contre l’érosion des berges et restaurer les dunes.
Des acteurs touristiques engagés

Chez Vallée Bras-du-Nord, la coopérative de plein air connue pour ses engagements durables en matière environnementale et sociale, on parle du tourisme comme d’« un moteur de régénération territoriale » dont le but est de « valoriser à la fois la biodiversité, le bienêtre collectif et la cohabitation harmonieuse avec le vivant. » Pour soutenir cette approche, l’entreprise touristique, véritable produit d’appel de la région de Portneuf, a lancé le Projet en marche, une initiative qui permet aux jeunes en difficulté professionnelle de revenir à l’emploi grâce à des projets en plein air. Ceci, dans une perspective globale au croisement de l’emploi, du loisir en nature et du développement personnel.
Chez Contact Nature, au Saguenay–Lac-Saint-Jean, on fusionne les activités de plein air – randonnée pédestre, raquette, ski de fond, camping – et la revalorisation du milieu naturel. Dans la Rivière-à-Mars, l’entreprise a mené des travaux de restauration de l’habitat du saumon atlantique et de la truite de mer. Dans le centre de plein air Bec-Scie, ce sont des sentiers durables qu’elle a créés en partenariat avec la Ville de Saguenay, Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean et des organismes comme la Fondation de la faune du Québec et des experts de l’aménagement du territoire.
En 2023, Contact Nature a créé un jeu d’énigmes qui invite les randonneurs à en apprendre plus sur l’impact des changements climatiques, question de faire du visiteur un allié pour affronter les enjeux environnementaux du territoire. « Pour nous, les activités touristiques sont un prétexte pour faire de la valorisation, notamment avec l’aménagement de sentiers », explique Marc-André Galbrand, directeur général de Contact Nature. Au centre de ses actions, une réflexion cruciale : « Comment habiter un territoire avec le respect du vivant », dit-il.
Démêler le vrai du faux
Dans le cadre de son Itinéraire stratégique de la destination du Saguenay–Lac-Saint-Jean 2022-2030, l’association régionale touristique s’inspire du modèle régénératif en tourisme pratiqué dans des marchés internationaux comme ceux de la Norvège ou du japon. « Notre région a tous les acteurs et l’expertise pour amorcer cette transition, dit Julie Dubord, directrice de Tourisme Saguenay–Lac-Saint-Jean. Grâce au tourisme régénératif, nous voulons, par exemple, valoriser les savoirs ancestraux des Premières Nations et les faire connaitre du public via des activités touristiques. » Car cette approche du tourisme ne s’inscrit pas seulement sur le plan environnemental, mais il a aussi un lien fort et naturel avec le plan social, culturel, communautaire, ce qui en fait un corollaire du tourisme solidaire. « De manière générale, les acteurs de l’industrie veulent exercer un impact qui provoque des bénéfices au-delà des répercussions financières et inviter le public à faire des choix conscients en tourisme », insiste Julie Dubord. Mais attention, prévient-elle, il y a un risque, celui de faire passer pour régénératifs des produits qui n’exercent pas véritablement d’impact ni sur la nature ni sur les communautés d’accueil.
Une réflexion que partage Marc-André Galbrand, chez Contact Nature : « Il faut être prudent par rapport au concept de tourisme régénératif et prendre en compte l’expérience globale. » En effet, qu’est-ce qui est régénératif : se rendre en Nouvelle-Zélande pour faire de la plantation dans des zones de conservation après un vol d’avion depuis le Canada ? Ou aller au Saguenay à vélo depuis Montréal pour passer un mois sur une petite ferme de cultures bios en mode woofing ? Marc-André Glabrand tranche : « Nous ne sommes pas contre la vertu en matière de tourisme, dit-il. Mais on ne veut pas tomber dans le piège de l’instrumentalisation du concept. » D’ailleurs, le mot « tourisme », y compris le tourisme de nature, et le mot « régénératif » sont-ils réellement conciliables, même avec les meilleures intentions du monde ? La question mérite d’être posée.













